Que faire de Duhamel ?

(post de blog publié le 22 février 2007)

Disons les choses tout net : je ne le supporte pas, Alain Duhamel. Ses chroniques sans vie, sa politique XXe siècle, son omniprésence médiatique, ses prédictions régulièrement erronées… Alain Duhamel représente à mes yeux tout ce que le journalisme ne devrait pas être, peut-être autant qu’il est aux yeux d’une certaine critique des médias la personnification de tout ce que sont les journalistes. C’est très injuste, mais c’est pas le sujet.

Non, le sujet, c’est cette incroyable punition publique dont il a été victime la semaine dernière, à savoir son éviction de France 2 et de RTL. Sa très grande faute ? Avoir révélé lors d’une réunion avec quelques étudiants de Sciences-Po qu’il voterait Bayrou. Comprenez le choc: Duhamel vote Bayrou ! Mesurez l’impact : c’est comme si la France apprenait, sans y être préparée, que TF1 n’a pas pour vocation de rendre les gens intelligents. Il y a des vérités qui ne sont pas bonnes à dire.

Car en France on préfère étendre un large voile pudique sur le choix politique. Le choix politique voyez-vous, c’est l’affaire de chacun, dans l’isoloir. Ca ne regarde que le citoyen et la République, l’isoloir en France est un avatar laïc du confessionnal. On tourne autour, on en parle, mais on n’y touche pas. En révélant son choix, c’est comme si Duhamel avait violé cette sainte-règle du journalisme politique. D’où une sanction exemplaire, à la mesure de la faute.

Toute cette histoire me navre considérablement. Probablement parce qu’elle révèle bien dans quel état de marasme est le journalisme en France. En condamnant ainsi l’éditorialiste, la profession moralisante accrédite l’idée qu’un journaliste ne peut être objectif s’il a des opinions. Alors on les cache, on les supprime… Eric Zemmour dans Le Figaro quand il parle de François Hollande n’a pas d’opinion. RTL a remplacé Duhamel par le sans-opinion Franz Olivier Giesbert, histoire d’être bien au clair avec l’objectivité. Tout est fait pour entretenir le mythe, quitte à se noyer dans l’hypocrisie.

Mais c’est justement cette tromperie initiale, cette hypocrisie généralisée qui agace les Français et les rend de plus en plus méfiants vis-à-vis des journalistes. Puisqu’ils mentent ou omettent leurs choix politiques, que nous cachent-ils encore ces salauds de journalistes ? Mais finalement, en quoi est-ce grave que Duhamel vote Bayrou ? Ca ne m’empêchera pas de continuer à trouver ses chroniques mièvres et datées. Je trouve par contre beaucoup plus grave que nombre d’éditorialistes continuent de se draper dans une objectivité immaculée alors que leurs propos trahissent leurs préférences : Franz-Olivier Giesbert, Jean-Pierre Elkabbach… Quelle est leur crédibilité aujourd’hui ?

Les journalistes-éditorialistes seraient bien avisés, au contraire, de dire au début de la campagne quel candidat a leur préférence. Le débat y gagnerait en clarté, les arguments trouveraient leur place. Et personne n’aurait le sentiment d’être trompé en permanence. Malheureusement, on n’en prend pas le chemin : j’aurais bien aimé apporter mon soutien à Duhamel dans cette épreuve, mais lui-même considère avoir fauté, ce qui n’est guère surprenant. En 2012, il sera toujours là, Bayrou aussi. J’ai hâte de le lire.

Neo-journalism, that's what I do. Founder @Rue89Strasbourg #journalism #innovation #geek #Strasbourg

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